Vous avez réalisé des squats excentriques, suivi des séances d’ondes de choc, et votre genou gémisse encore à chaque atterrissage. Et si un supplément bon marché et bien étudié pouvait alléger ce calvaire ? Un nouvel essai randomisé apporte une réponse préliminaire, et les détails comptent plus que le titre.
La version courte
Des chercheurs ont testé créatine monohydrate (Creapure®) dans le cadre d’un programme de rééducation structuré chez des athlètes atteints de tendinopathie patellaire, plus connue sous le nom de « genou du sauteur ». À la semaine 8, les deux groupes – créatine et placebo – avaient tous deux progressé de manière significative. La différence était apparue plus tôt. À la semaine 4, seul le groupe créatine affichait une amélioration statistiquement significative du score VISA‑P, un questionnaire qui évalue la douleur et la fonction. Le même groupe montrait également un gain notable en hauteur de saut contre‑mouvement (CMJ).
Prometteur, mais ce n’est pas une preuve définitive. Nous détaillons cela plus bas.
Ce que l’étude a réellement fait
L’essai, dirigé par Sánchez‑Gómez et ses collègues, a été publié dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition (2026). Il était triple‑aveugle et randomisé. Vingt athlètes (âge moyen ≈ 34 ans) présentant une tendinopathie patellaire ont été répartis en groupe créatine (n = 9) et groupe placebo (n = 11).
Tous ont suivi le même protocole de rééducation :
- Entraînement excentrique quotidien + étirements ;
- Thérapie par ondes de choc extracorporelles (ESWT) tous les 10 jours ;
- Thérapie manuelle du tendon et des muscles environnants.
Le supplément était pris immédiatement après chaque séance d’entraînement excentrique : trois capsules de créatine monohydrate Creapure®, ou du saccharose pour le placebo. Les participants ont été évalués au départ, à 4 semaines et à 8 semaines. Les mesures incluaient le VISA‑P, l’épaisseur du tendon par échographie, la composition corporelle par bio‑impédance, la hauteur de CMJ et le 5‑RM d’extension du genou sur la jambe blessée.
Les chiffres qui ont attiré l’attention
Douleur et fonction (VISA‑P) : les scores ont augmenté de façon significative au fil du temps dans les deux groupes. À 8 semaines, le groupe créatine était passé de 60,6 à 78,0 points et le groupe placebo de 60,0 à 75,2. À ce stade, les deux groupes se ressemblaient.
La différence s’est manifestée au milieu du protocole. Le score VISA‑P du groupe créatine a atteint 70,2 à la semaine 4, une amélioration significative par rapport à la ligne de base (p = 0,027). L’article ne signale aucun changement comparable pour le groupe placebo à la même échéance.
Hauteur de saut : dans le groupe créatine, le CMJ est passé de 34,3 cm à 36,8 cm à la semaine 4 (p = 0,019), puis à 37,6 cm à la semaine 8 (p = 0,015). Pour les sportifs dont la discipline repose sur le saut, cela représente une amélioration fonctionnelle notable.
Épaisseur du tendon et force : les deux groupes se sont améliorés au fil du temps au niveau de l’épaisseur du tendon à l’échographie et du 5‑RM d’extension. La créatine n’a pas clairement ajouté d’effet supplémentaire, ce qui suggère que la rééducation elle‑même faisait le gros du travail.
Les mises en garde honnêtes
Avant d’ajouter la créatine à votre protocole de rééducation, gardez à l’esprit ce que les données soutiennent – ou ne soutiennent pas.
- Échantillon minuscule : avec seulement 20 athlètes au total, et 9 dans le bras créatine, les résultats restent fragiles.
- Interaction n’était qu’une tendance : le test de différence de trajectoire entre les groupes a donné p = 0,099 (η² partiel = 0,126). Ce n’est pas le seuil habituel de 0,05. Dire « la créatine a fonctionné à la semaine 4 et le placebo pas » compare des significativités internes, ce qui constitue une preuve plus faible qu’une différence inter‑groupe significative.
- Le retour au jeu n’a pas été mesuré : l’idée d’un « retour plus rapide à la compétition » est une inférence basée sur la réduction précoce de la douleur et les gains de saut. Aucun athlète n’a été chronométré pour un retour réel.
- Suivi court : huit semaines n’en disent rien sur les rechutes ou la santé tendineuse à long terme.
- Population hétérogène : les participants étaient en moyenne de 33,7 ans ; les résultats ne sont peut‑être pas applicables aux adolescents ou aux athlètes de très haut niveau.
Les auteurs concluent seulement que la créatine « pourrait être considérée » comme un aide ergogénique de récupération. C’est une formulation prudente, et il faut rester vigilant.
Qui pourrait être concerné
Le groupe le plus concerné est les athlètes pratiquant des sports à fort impact de saut (volley‑ball, basket‑ball, athlétisme, etc.) qui suivent déjà un programme excentrique structuré pour la tendinopathie patellaire et cherchent un petit plus. La créatine est l’un des suppléments les plus étudiés en sport, et elle est peu coûteuse. Chez un adulte en bonne santé, le risque d’effets indésirables est généralement jugé faible, bien que les personnes présentant des problèmes rénaux ou d’autres affections médicales devraient consulter un professionnel avant.
Ce n’est pas un substitut au travail de charge. Dans cet essai, la créatine était un complément à un programme exigeant comprenant travail excentrique quotidien, ondes de choc et traitements manuels. L’amélioration de l’épaisseur du tendon et de la force était surtout due à ce programme.
Points pratiques : dose et timing
- Timing : dans l’étude, la créatine était prise immédiatement après chaque séance excentrique. C’est simple à reproduire, même si le papier ne montre pas que ce timing soit supérieur à d’autres moments de la journée.
- Dose : le résumé indique trois capsules de créatine monohydrate Creapure® par jour, sans préciser le poids de chaque capsule. La plupart des études utilisent 3 à 5 g par jour, mais ce chiffre n’est pas directement tiré de cet article. Vérifiez le texte complet ou l’étiquette du produit.
- Forme : l’essai a utilisé de la créatine monohydrate, la forme la plus étudiée, sous une marque de haute pureté. Il n’y a aucune preuve ici pour des versions « plus chics ».
- Attentes : considérez‑la comme un éventuel petit accélérateur pendant le premier mois, pas comme une cure miracle. À la semaine 8, le groupe placebo rattrapait largement les scores de douleur.
- Travaillez avec votre clinicien : la rééducation d’une tendinopathie doit être guidée par un professionnel capable d’ajuster la charge en fonction de vos symptômes.
Conclusion
Ce petit essai pilote laisse entrevoir que la créatine pourrait accélérer la diminution précoce de la douleur et la récupération du saut dans la rééducation du genou du sauteur. Parce que l’interaction entre groupes n’était qu’une tendance (p = 0,099) et que l’échantillon ne comptait que 20 athlètes, il faut mener des études plus importantes avant de réviser les protocoles de rééducation. Si vous utilisez déjà la créatine ou envisagez de le faire, cela offre une justification plausible. Le travail excentrique doit toutefois rester au cœur du programme.
Source : Sánchez‑Gómez et al., "Could creatine supplementation combined with physical rehabilitation accelerate return to play in athletes with patellar tendinopathy?" J Int Soc Sports Nutr (2026). DOI: https://doi.org/10.1080/15502783.2026.2718846 | PubMed