Cette forme de carnitine a augmenté la puissance des sprints jusqu’à 15 % et a réduit le lactate
Extrait : Une étude croisée de 2009 a montré qu’une dose unique de 4,5 g de glycine propionyl‑L‑carnitine (GPLC) pouvait augmenter la puissance maximale et moyenne des sprints de 2,6 % à 15 % sur cinq efforts en tout‑ou‑rien. Le taux de lactate sanguin était aussi 16,2 % plus bas 14 minutes après l’exercice. Mais le « 15 % » représente le maximum de la fourchette, pas une moyenne, et l’échantillon ne comptait que 24 hommes dans un seul laboratoire. Cet article décortique les différences entre le GPLC, la L‑carnitine classique et l’ALCAR, le rôle éventuel de l’oxyde nitrique, ainsi que les doses, le timing et les limites des preuves.
La plupart des suppléments de carnitine promettent une perte de graisse et livrent rarement leurs promesses. Une étude de 2009, parue dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition, a testé une forme différente, la glycine propionyl‑L‑carnitine (GPLC), sur un paramètre plus pertinent pour les haltérophiles et les athlètes de terrain : les sprints répétés en tout‑ou‑rien. Le résultat ? Une puissance de sortie accrue et un taux de lactate sanguin plus bas. Le chiffre d’en‑tête est réel, mais il faut le replacer dans son contexte.
L’étude : ce qui a réellement été fait
Des chercheurs de l’Florida Atlantic University, dirigés par Jacobs, ont mené un essai en double‑aveugle, contrôlé par placebo, cross‑over auprès de 24 hommes entraînés en résistance (âge moyen : 25,2 ± 3,6 ans). Chaque participant a réalisé deux séances de test espacées d’une semaine. 90 minutes avant chaque séance, il a ingéré 4,5 g de GPLC ou 4,5 g de cellulose (placebo), l’ordre étant randomisé.
Le protocole était exigeant. Chaque séance comprenait cinq sprints Wingate de 10 secondes sur vélo, séparés par une minute de récupération active. L’équipe a mesuré la puissance maximale, la puissance moyenne, le pourcentage de chute de puissance, la fréquence cardiaque et le taux de lactate sanguin avant, pendant et après les sprints. La puissance était normalisée à la masse corporelle.
Les chiffres : d’où vient le « 15 % »
Avec le GPLC, la puissance maximale et moyenne était de 2,6 % à 15 % supérieure sur les cinq sprints (effet principal du traitement significatif, p < 0,05). Cette fourchette est importante : le 15 % correspond au pic de la fourchette, pas à la moyenne de chaque sprint. Les chercheurs ont également observé des interactions significatives entre l’ordre des sprints et le traitement pour la puissance maximale et moyenne (p < 0,05). Ainsi, l’ampleur du bénéfice variait d’un sprint à l’autre.
Le résumé ne précise pas quels sprints ont montré les gains les plus importants. Il faut consulter l’article complet avant de supposer que le GPLC agit surtout sur les sprints tardifs, ou au contraire sur les premiers.
Le lactate raconte une histoire similaire, avec une nuance :
- 4 minutes post‑exercice : le lactate était 15,7 % plus bas avec le GPLC, mais le résumé indique p = 0,09, ce qui n’est pas statistiquement significatif au seuil habituel p < 0,05.
- 14 minutes post‑exercice : le lactate était 16,2 % plus bas avec le GPLC (p < 0,05).
Le papier signale un effet principal significatif du traitement sur le lactate global, mais le résultat le plus net reste la valeur à 14 minutes.
GPLC vs. L‑carnitine « normale » vs. ALCAR
Les trois composés sont des dérivés de la carnitine, la molécule qui transporte les acides gras dans les mitochondries. Leur différence réside dans le groupe chimique qui leur est attaché :
- L‑carnitine : forme pure, généralement commercialisée pour le métabolisme des graisses et le soutien général.
- Acétyl‑L‑carnitine (ALCAR) : possède un groupe acétyle et est surtout vendue pour le soutien cognitif et du système nerveux.
- GPLC : propionyl‑L‑carnitine liée à la glycine. La propionyl‑L‑carnitine a déjà fait l’objet d’études dans des contextes vasculaires, ce qui nous amène à l’oxyde nitrique.
Des travaux antérieurs avaient montré que le GPLC, à court terme, augmentait les métabolites de l’oxyde nitrique au repos et en réponse à une hyperhémie réactive (afflux sanguin qui suit une restriction temporaire). L’oxyde nitrique dilate les vaisseaux sanguins, ce qui pourrait améliorer la livraison des nutriments et l’évacuation des métabolites lors d’efforts répétés. C’est une hypothèse plausible, mais cette étude n’a mesuré ni l’oxyde nitrique ni le flux sanguin. Elle montre uniquement que la performance et le lactate ont changé, pas pourquoi. Considérez donc le mécanisme comme une théorie.
Limites à connaître
Ce n’est qu’une piste prometteuse, pas une vérité établie.
- Petit échantillon : 24 jeunes hommes entraînés en résistance. Les résultats ne se généralisent pas forcément aux femmes, aux personnes plus âgées, aux athlètes d’endurance ou aux débutants.
- Une dose unique : l’étude porte sur une seule prise de 4,5 g, pas sur plusieurs semaines de supplémentation quotidienne.
- Un seul mode d’exercice : sprints Wingate sur vélo stationnaire. On ne sait pas si les effets se traduisent en musculation, en sprint de course ou en sports d’équipe.
- Un laboratoire et peu de réplications : un seul groupe de recherche a produit ces données, et les reproductions indépendantes sont rares. Vérifiez les sources de financement et les déclarations de conflits d’intérêts, comme pour toute étude sur les suppléments.
- Signal lactique mitigé : l’une des deux comparaisons de lactate n’atteint pas la signification statistique.
- Moins de lactate ≠ meilleure performance. Cela peut refléter un moindre stress glycolytique ou une élimination plus rapide. L’étude ne peut pas trancher.
Ce que cela signifie pour vous
Posologie et timing (tels qu’ils ont été testés) : 4,5 g pris environ 90 minutes avant l’entraînement. C’est le seul protocole soutenu par les données de cet article. N’assumez pas que des doses plus faibles ou des timings différents donnent le même effet.
Qui pourrait en profiter ?
- Les athlètes pratiquant le HIIT, les intervalles sprint ou les séances à efforts répétés avec de courtes pauses.
- Les pratiquants de musculation qui souhaitent tester un complément pré‑entraînement pour les journées de conditionnement.
- Tous ceux qui comprennent que les preuves restent préliminaires et qui souhaitent expérimenter prudemment.
Qui devrait probablement l’éviter ?
- Quiconque cherche une solution miracle pour la perte de graisse ou la santé générale ; l’étude ne couvre pas ces aspects.
- Les personnes atteintes de maladie rénale, de troubles thyroïdiens, d’épilepsie ou sous traitement médicamenteux, qui doivent consulter un professionnel avant tout apport en carnitine.
- Les femmes enceintes ou allaitantes.
- Les pratiquants au petit budget : une dose de 4,5 g représente une quantité importante comparée aux portions habituelles, ce qui peut faire grimper le coût. Comparez le prix au gramme et assurez‑vous que l’étiquette indique réellement la teneur en GPLC.
Une façon sensée de le tester
Essayez‑le lors d’une journée d’intervalles intenses et comparez la production de puissance sur les sprints répétés ainsi que la perception de récupération avec une séance similaire sans le supplément. Gardez tous les autres facteurs (alimentation, caféine, sommeil) constants. Un essai personnel reste anecdote, mais il est plus fiable que de deviner.
Conclusion
Dans cet essai croisé, une dose unique de 4,5 g de GPLC a augmenté la puissance des sprints de 2,6 % à 15 % sur cinq répétitions et a réduit le taux de lactate sanguin 14 minutes après l’effort de 16,2 %. Cela est intéressant pour les athlètes de sprint et d’intervalles. Cependant, il s’agit d’une petite étude aiguë, réalisée dans un seul laboratoire, uniquement sur le vélo, et l’explication via l’oxyde nitrique n’a pas été testée ici. Le GPLC mérite davantage de recherches, pas une foi aveugle.