Extrait de cerise de café : 200 mg de caféine augmentent la puissance cycliste de 4,6 %
Une dose modeste de 200 mg de caféine, délivrée dans un extrait complet de fruit de café, a permis à des cyclistes entraînés de fournir davantage d’effort lors d’un effort intense de 15 minutes. L’extrait n’a pas accéléré le rechargement glycogénique de leurs muscles par la suite. Ce résultat contrasté provient d’un nouvel essai randomisé publié dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition (Pavis et al., 2026) et intéresse autant les adeptes du prochain « super‑fruit » pré‑entraînement que ceux qui croient que la cerise de café aide à reconstituer le glycogène.
Qu’est‑ce que l’extrait de cerise de café, exactement ?
Le « grain » de café est la graine d’un fruit. Le fruit qui l’entoure, la cerise de café, est souvent jeté lors de la transformation. L’extrait testé provient de cerises complètes de Coffea arabica et a été concentré pour la caféine et les polyphénols, dont les acides chlorogéniques. Chaque dose contenait 200 mg de caféine et 15 mg de polyphénols.
Cette dose de caféine est relativement basse selon les standards de la nutrition sportive. Les chercheur·ses voulaient savoir si un produit riche en composés, issu du fruit entier, pouvait accomplir deux objectifs : améliorer la performance et accélérer la résynthèse du glycogène musculaire.
Comment l’étude a été conduite
Le protocole était solide, mais le groupe était restreint.
- Conception : essai randomisé, en double‑aveugle, contrôlé par placebo, en cross‑over.
- Participants : 12 cyclistes entraînés (11 hommes, 1 femme) avec un V̇O₂max de 55 ± 2 mL·kg⁻¹·min⁻¹.
- Test d’exercice 1 : 30 minutes sur ergomètre à ≈ 79 % du V̇O₂max, suivies d’un contre‑la‑montre de 15 minutes (TT1).
- Récupération : un second supplément a été pris avec 1 g/kg de glucides, puis un nouveau contre‑la‑montre (TT2) a été réalisé le lendemain matin.
- Mesures : prises de sang tout au long de la séance, ainsi que des biopsies musculaires immédiatement après TT1 (0 h), puis à 4 h et 24 h.
Comme chaque cycliste a reçu à la fois l’extrait et le placebo, chaque sujet a servi de contrôle à lui‑même, ce qui constitue un atout majeur dans une petite étude.
Le résultat principal : plus de travail, moins d’effort perçu
Les analyses sanguines ont confirmé que le supplément était bien absorbé. La concentration plasmatique de caféine et d’acide chlorogénique était nettement plus élevée avec l’extrait qu’avec le placebo pendant l’effort et la récupération (p < 0,001).
Les performances ont suivi cette tendance. Lors du contre‑la‑montre de 15 minutes, les cyclistes ont produit 4,6 % ± 1,5 % de travail supplémentaire avec l’extrait de cerise de café : 3,14 ± 0,15 contre 3,02 ± 0,17 kJ·kg⁻¹. La taille d’effet était Hedge’s g = 0,8 (IC 95 % : 0,2 à 1,4), ce qui est considérable, même si l’intervalle large reflète l’incertitude liée au petit nombre de participants. La différence était statistiquement significative (p < 0,05).
L’effort perçu était également moindre pendant la partie à intensité constante avec l’extrait : le même travail a paru plus facile. Le ratio d’échange respiratoire n’a pas changé, donc aucun signe clair que le supplément aurait modifié le choix des carburants.
Démystification : aucun effet sur le rechargement glycogénique
L’autre volet de l’hypothèse n’a pas été confirmé. Le glycogène musculaire a augmenté de façon substantielle pendant la récupération dans les deux conditions, comme attendu lorsque les athlètes consomment des glucides. De 0 à 4 h, le glycogène est passé de 64 ± 13 mmol·kg⁻¹ dw avec le placebo à 44 ± 10 mmol·kg⁻¹ dw avec l’extrait. De 4 à 24 h, il a progressé de 53 ± 8 à 45 ± 10 mmol·kg⁻¹ dw, respectivement. Les auteurs décrivent ces hausses comme similaires et aucun effet de l’extrait sur la résynthèse glycogénique n’a été mis en évidence.
Ainsi, l’apport en glucides a conduit le rechargement, et le supplément n’a rien ajouté de détectable. Certaines recherches suggèrent qu’une combinaison caféine‑glucides pourrait favoriser le stockage glycogénique, mais cet essai n’a pas observé ce phénomène avec une dose de 1 g/kg de glucides. Le résumé ne rapporte pas non plus les résultats du TT2, de sorte que l’on ignore ce qui s’est passé le matin suivant.
Pourquoi faut‑il rester prudent ?
Plusieurs limites doivent être prises en compte avant de se précipiter pour acheter une bouteille.
- Échantillon très réduit : douze cyclistes, dont une seule femme, limitent la portée des conclusions.
- Absence de groupe caféine pure : l’étude compare l’extrait à un placebo, pas à 200 mg de caféine « pure ». On ne sait donc pas si le bénéfice provient de la caféine, des polyphénols ou d’une synergie.
- Produit unique, dose unique : les résultats s’appliquent à cet extrait précis, pas à tous les compléments à base de fruit de café.
- Financement industriel : l’étude a été financée par FutureCeuticals, trois des auteurs étant employés de la société. Les auteurs de l’Université d’Exeter déclarent toutefois une totale indépendance dans l’interprétation des données et la décision de soumettre. L’essai était pré‑enregistré (NCT05404841), ce qui constitue un point positif.
- Effort court : un contre‑la‑montre de 15 minutes ne reflète pas forcément une course de plusieurs heures ou une séance de musculation.
Enseignements pratiques
Dose : la dose testée était de 200 mg de caféine accompagnés de 15 mg de polyphénols, prise avant l’effort. Cela équivaut à peu près à deux tasses de café filtre standard, bien que la concentration varie considérablement.
Chronologie : dans l’étude, le supplément a été ingéré avant la séance d’entraînement. Le résumé ne précise pas le délai exact, donc il est recommandé de suivre les indications du produit et de tester ce qui fonctionne pour vous avec la caféine.
Qui pourrait en bénéficier : les athlètes d’endurance entraînés qui recherchent un petit avantage de performance avec une dose de caféine faible, ou ceux qui privilégient un produit issu du fruit entier plutôt que des pilules de caféine classiques. Cela peut être testé pendant l’entraînement, mais pas le jour de compétition.
Qui devrait s’abstenir (conseils généraux, non tirés du papier) : les personnes sensibles à la caféine, souffrant d’anxiété, de troubles du sommeil, de problèmes cardiaques ou d’hypertension, les femmes enceintes, ainsi que celles qui s’entraînent tard le soir devraient faire preuve de prudence ou consulter un professionnel de santé.
Ce que cela ne fera pas : ne comptez pas sur cet extrait pour accélérer le rechargement glycogénique. Si vous devez reconstituer rapidement les réserves musculaires, les glucides restent le facteur déterminant, et cette étude ne fournit aucune raison de croire que l’extrait apporte un avantage supplémentaire.
Conclusion
Dans ce petit essai en cross‑over bien contrôlé, un extrait complet de cerise de café contenant une dose basse de caféine a amélioré le travail réalisé lors d’un contre‑la‑montre cycliste de 4,6 % et a rendu l’effort perçu plus facile. En revanche, l’affirmation « aide à reconstituer le glycogène » n’a pas été soutenue. Des études plus importantes incluant un groupe caféine pure seront nécessaires pour déterminer si le fruit de café possède des effets que la caféine seule ne peut pas offrir.