Le ZMA possède l’une des histoires les plus colorées du rayon des compléments
Il s’agit d’un mélange à prendre avant le coucher contenant du zinc, du magnésium et de la vitamine B6. Il a explosé dans les années 2000 grâce à des promesses énormes sur la testostérone et la force, et il a même été lié à l’affaire BALCO par son fondateur, Victor Conte. Une étude précoce chez des joueurs de football universitaire a annoncé des gains impressionnants, alimentant le battage médiatique. Puis une expérience plus rigoureuse chez des hommes entraînés a conclu qu’il n’y avait essentiellement rien.
Cet essai, mené par Wilborn et ses collègues, a été publié en 2004 dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition. Il constitue encore aujourd’hui un bon contre‑point pour quiconque espère qu’une capsule nocturne fera bouger les chiffres hormonaux ou musculaires.
Ce qu’est réellement le ZMA
ZMA signifie zinc‑magnesium aspartate. C’est une formule commerciale à prendre 30 à 60 minutes avant le sommeil. Le pitch est simple : le zinc et le magnésium sont des minéraux impliqués dans des centaines de réactions enzymatiques, et les athlètes qui s’entraînent intensément peuvent en perdre ou ne pas en consommer assez. Les reconstituer la nuit, selon la théorie, soutiendrait la récupération et l’environnement hormonal propice à la prise de muscle, en particulier la testostérone.
Le marketing s’appuyait sur une étude antérieure chez des joueurs de football américain, qui avait montré une hausse de testostérone et de plus grands gains de force avec le ZMA pendant l’entraînement. Ce résultat a été largement cité dans les publicités de compléments, mais une seule étude précoce réalisée sur une population très spécifique ne constitue pas une preuve fiable. L’essai de Wilborn a été conçu pour tester cette affirmation de façon plus directe.
À l’intérieur du protocole d’étude
Les chercheurs ont recruté 42 hommes déjà entraînés en résistance. Leur âge moyen était de 27 ans, leur taille d’environ 178 cm, leur poids de 85 kg et leur pourcentage de masse grasse d’environ 18,6 %.
Les participants ont été appariés selon leur masse maigre, puis assignés aléatoirement, en double‑aveugle, à recevoir soit du ZMA, soit un placebo de dextrose avant le coucher. Les deux groupes ont suivi le même programme d’entraînement en résistance standardisé pendant huit semaines.
Les mesures ont été prises au départ, à la semaine 4 et à la semaine 8. Le panel de tests était complet :
- Composition corporelle mesurée par absorptiométrie à rayons X (DXA)
- Force évaluée par le maximum de répétition (1RM) au développé couché et à la presse à jambes
- Endurance musculaire aux exercices du haut et du bas du corps
- Puissance anaérobie mesurée avec le test cycliste Wingate
- Analyses sanguines couvrant le statut du zinc et du magnésium, les hormones anaboliques et cataboliques, ainsi que des marqueurs de santé générale
Les données ont été analysées avec une ANOVA à mesures répétées, adaptée pour comparer les changements dans le temps entre les deux groupes.
Les résultats : aucun avantage
Le seul point légèrement en faveur du ZMA était le zinc sérique. Il a augmenté de 11 à 17 % chez le groupe ZMA, mais la différence n’était pas statistiquement significative (p = 0,12). Ainsi, même l’effet de base attendu – une hausse du zinc sanguin – ne distinguait pas clairement les deux groupes.
Tout le reste était neutre. Les auteurs n’ont trouvé aucune différence significative entre les groupes concernant :
- Le statut hormonal anabolique ou catabolique, y compris la testostérone
- La composition corporelle
- Le 1RM au développé couché et à la presse à jambes
- L’endurance musculaire du haut ou du bas du corps
- La capacité anaérobie à vélo
Ils ont conclu que la supplémentation en ZMA pendant l’entraînement ne semblait pas améliorer les adaptations chez les pratiquants de résistance. Les deux groupes ont probablement progressé grâce à l’entraînement lui‑même, mais le ZMA n’a rien ajouté de mesurable.
Où se situe la carence ? (Contexte, pas résultat)
Il serait erroné de lire cette étude comme la preuve que le zinc et le magnésium n’ont aucune importance. L’essai ne montre pas cela ; il a testé si l’ajout de ZMA améliorait les performances d’hommes déjà entraînés, et la réponse était négative.
Dans un contexte nutritionnel général, les personnes réellement déficientes en zinc ou en magnésium peuvent se trouver dans une situation différente. Corriger une vraie carence peut avoir un impact sur la santé, et un faible statut en zinc est souvent associé à la fonction hormonale. Cette étude ne démontre pas que le ZMA aide les athlètes déficients : elle n’était pas conçue pour répondre à cette question, et le résumé ne cadre pas ses résultats autour de la carence.
La lecture raisonnable est que supplémenter des nutriments déjà présents en quantité suffisante est peu susceptible d’agir comme un booster de performance. Si vous suspectez une carence à cause d’un régime restrictif, d’une sudation importante ou d’une alimentation peu variée, la première étape est d’examiner votre alimentation et d’envisager une prise de sang.
Limites à garder en tête
Il s’agissait d’un essai de huit semaines chez 42 hommes déjà habitués à la musculation. Les résultats ne s’appliquent pas automatiquement aux femmes, aux personnes plus âgées, aux débutants ou aux individus en déficit calorique prolongé. L’étude a aussi testé un seul produit commercial. Néanmoins, l’essai était en double‑aveugle, contrôlé par placebo et a utilisé des mesures objectives comme la DXA ainsi qu’une large batterie de performances. Cela en fait un test plus solide que le marketing basé sur la première étude footballistique.
Conclusions pratiques
- Ne pensez pas au ZMA comme à un booster de testostérone. Dans cet essai, il n’a pas modifié la testostérone ni les autres hormones mesurées.
- N’attendez pas de gains de force ou de masse. Le 1RM, l’endurance, la puissance anaérobie et la masse maigre sont restés identiques au placebo.
- Investissez votre argent dans les fondamentaux. Un entraînement progressif, un apport adéquat en protéines et en calories, et un sommeil régulier sont bien plus efficaces.
- Comblez d’abord vos besoins en minéraux grâce à l’alimentation. Viande, coquillages, légumineuses, noix, graines, céréales complètes et légumes à feuilles vertes apportent zinc et magnésium. Si vous soupçonnez une carence, faites‑la diagnostiquer plutôt que de deviner.
- Prenez les résultats précoces et spectaculaires avec prudence. Une étude isolée, surtout lorsqu’elle sert à vendre un produit, doit être reproduite avant d’être crue.
Source
Wilborn et al. (2004). Effects of Zinc Magnesium Aspartate (ZMA) Supplementation on Training Adaptations and Markers of Anabolism and Catabolism. Journal of the International Society of Sports Nutrition. DOI: 10.1186/1550-2783-1-2-12 | PubMed: 18500945